Haute couture et tradition à la cour de Thaïlande
Thaïlande & France · Un dialogue autour du vêtement
À travers les siècles, la Thaïlande a fait du vêtement un manifeste visuel, témoignant de sa distinction et de son raffinement. Cette exposition révèle comment le costume royal — carrefour entre tradition artisanale et échanges internationaux — s'est fait l'interprète de l'identité culturelle et de la diplomatie du royaume.
Dès les années 1960, Sa Majesté la Reine Sirikit joue un rôle déterminant dans la modernisation de l'habit national. Sous son impulsion, et avec la collaboration du couturier parisien Pierre Balmain, une large gamme de tenues officielles est définie. Conçues pour les voyages internationaux, ces tenues réinterprètent les traditions textiles thaïes au prisme des techniques de la haute couture parisienne.
En 1960, Sa Majesté lance une étude historique du costume de cour thaïlandais et développe huit formats de costumes traditionnels réunis sous ce titre. Destinés chacun à un type d'occasion sociale ou cérémonielle, ils ont été déposés en 2024 pour inscription au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco.
« La garde-robe d'une reine passe avec elle dans l'histoire de son pays. Ses robes doivent être marquées du sceau de l'élégance intemporelle et se garder du risque de paraître un jour surannées. »Pierre Balmain, My Years and Seasons (1964)
Les huit formats du costume thaïlandais
L'élaboration des huit formats du costume thaïlandais marque un tournant dans l'histoire moderne de l'identité du pays. Ces formats métamorphosent le costume de cour historique en attribut moderne de l'identité nationale.
Balmain pour Sa Majesté la Reine Sirikit
En 1959, Sa Majesté entame une collaboration étroite avec le couturier parisien Pierre Balmain. La garde-robe de la Reine Sirikit devient rapidement un puissant moyen d'expression de l'identité thaïlandaise sur la scène internationale. Aux côtés de Balmain et du brodeur François Lesage, elle imagine des tenues qui associent textiles et motifs thaïlandais avec le savoir-faire de la haute couture française.
Au fil des années, Balmain propose plus de vingt modèles baptisés Bangkok et Sirikit, illustrant l'influence durable de cette coopération. Conçus pour les visites d'État et occasions officielles, ces vêtements s'adaptent aux cultures et aux coutumes des pays visités : à travers ces créations vestimentaires, la mode se fait diplomatie.
Pierre Balmain
L'artisanat traditionnel thaïlandais
Depuis des générations, le mat mii (ikat) est tissé par des villageoises du nord-est de la Thaïlande. Ses motifs sont réalisés de mémoire et s'accordent aux croyances et à l'identité locale. Ses décors vibrants n'émergent qu'au moment où les fils teintés sont alignés sur le métier, révélant la discrète précision de la main de la tisserande.
À la fin du XXe siècle, ce textile bénéficie d'un regain d'intérêt par le biais de la Fondation SUPPORT, établie par Sa Majesté la Reine Sirikit afin de préserver les savoir-faire traditionnels et de soutenir les artisans ruraux. Le mat mii devient ainsi une source importante de revenus pour les communautés tisserandes des villages, tout en trouvant sa place sur les plus grandes scènes de la mode internationale.
La vannerie de yan lipao, le damasquinage et le nielle servaient autrefois à façonner des objets de cour ou d'usage quotidien. Ces traditions sont aujourd'hui préservées grâce au Queen Sirikit Institute, centre de formation professionnelle installé dans le palais Chitralada à Bangkok depuis 1978.